L’émotion est immense après l’assassinat de la petite Lyhanna.


Comme souvent après un drame de cette ampleur, les débats se concentrent sur les défaillances du système : justice, police, services sociaux, psychiatrie, prévention…
Lors d’une intervention télévisée récente, le magistrat Jean-Pierre Rosenczveig a rappelé une réalité dérangeante : dénoncer les dysfonctionnements du système ne suffit pas. Il a évoqué le cas d’un homme conscient de ses pulsions sexuelles qui s’était présenté spontanément dans une gendarmerie pour demander de l’aide. La réponse ironique qu’il aurait reçue est glaçante : revenir après être passé à l’acte.
J’ai été profondément bouleversée en entendant cela.
Car cette histoire pose une question essentielle : pourquoi attendons-nous toujours les conséquences pour agir sur les causes ?
Dans de nombreux domaines, nous intervenons après les dégâts : après l’accident lié à l’alcool, après des années de troubles du comportement alimentaire, après l’installation d’une dépendance aux écrans, après l’échec scolaire ou l’isolement social.
Nous attendons que le problème soit visible. Puis nous nous demandons pourquoi il est devenu si difficile à résoudre.
Depuis plusieurs années, mon travail de naturopathe, de patiente experte et de présidente de l’association TCA DÉCLIC m’amène à rencontrer des personnes qui souffrent de comportements compulsifs. Elles ne sont ni faibles ni dépourvues de volonté. Elles luttent souvent contre des pulsions qu’elles ne comprennent pas toujours.
Les neurosciences nous montrent aujourd’hui le rôle des circuits de récompense, de la dopamine, des neurotransmetteurs, du stress chronique, des traumatismes et de l’environnement. Comprendre ces mécanismes n’excuse rien, mais permet de mieux prévenir.
On parle beaucoup de santé mentale, et c’est nécessaire. Pourtant, les addictions continuent de provoquer des dégâts considérables. Tabac, alcool, drogues, jeux d’argent, écrans, alimentation ultra-transformée, pornographie, achats compulsifs : derrière ces comportements, on retrouve souvent des mécanismes communs de perte de contrôle, de recherche de soulagement immédiat et de répétition malgré les conséquences négatives.
La véritable révolution viendra peut-être d’une prévention beaucoup plus précoce : apprendre dès l’enfance le fonctionnement du cerveau, reconnaître les mécanismes addictifs, développer les compétences émotionnelles, préserver le sommeil, encourager l’activité physique et réduire l’exposition aux produits conçus pour capter notre attention ou stimuler excessivement nos circuits de récompense.
L’histoire racontée par Jean-Pierre Rosenczveig devrait tous nous interpeller. Que répondons-nous à une personne qui dit : « J’ai peur de ce qui se passe dans ma tête » ou « J’ai besoin d’aide avant qu’il ne soit trop tard » ?
Notre réponse ne peut pas être : « Revenez lorsque le mal sera fait. »
Nous avons besoin de continuer à améliorer la santé mentale, mais aussi de reconnaître l’addiction comme l’une des grandes urgences sanitaires, sociales et éducatives de notre époque.
Parce qu’une addiction ne détruit pas seulement une santé. Elle peut détruire une enfance, une famille, une scolarité, une carrière et parfois plusieurs vies.
Peut-être est-il temps de faire de la prévention des addictions une véritable priorité nationale.
