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Je devais effectuer un stage de cinq jours dans un hôpital privé dans le cadre de mon Diplôme Universitaire de Patient Expert (obésité, TCA, addiction). Le chirurgien bariatrique qui devait m’encadrer s’était montré très enthousiaste à mon égard, m’ayant même proposé d’assister à une intervention chirurgicale.
Après l’envoi par mail de mon projet de stage (où je n’abordais évidemment pas mon engagement en faveur de traitements alternatifs), j’attendais avec impatience de commencer. Mais quelques jours plus tard, à peine une semaine avant le début prévu, je recevais un e-mail brutal : stage annulé pour cause de… « mon activité lucrative ». Une justification absurde et incompréhensible. Je suis naturopathe, les patients experts ont le droit de travailler, je ne comprenais pas.


Que s’était-il passé entre-temps ?


J’avais, par mégarde, laissé ma signature habituelle dans mon courriel, avec un lien vers mon site professionnel de naturopathie. Le chirurgien — ou quelqu’un de son équipe — a dû visiter le site, découvrir mon parcours personnel, notamment mes trois chirurgies bariatriques subies par le passé. Trois opérations, trois échecs cuisants avec des reprises de poids systématiques. Et surtout, la prise de conscience que ces chirurgies ne s’attaquent jamais à la cause principale de l’obésité : les pulsions alimentaires.
Il est évident que ma présence dérangeait. Non pas parce que je menaçais de « concurrencer » qui que ce soit sur le plan lucratif (ce serait risible), mais parce que je représentais un témoin vivant des limites — voire des dangers — de ces chirurgies.


Le tabou des échecs chirurgicaux


On vante partout les mérites du bypass gastrique et de la sleeve gastrectomie, présentées comme des solutions miracles. Pourtant :
• Reprises de poids à long terme : les études montrent qu’une proportion importante de patients regagnent une partie — parfois la totalité — de leur poids dans les années suivant la chirurgie.
• Complications sévères : carences nutritionnelles, reflux, hypoglycémies, et même mortalité opératoire dans de rares cas.
• Déplacement des compulsions : environ 20 % des patients opérés développent une addiction à l’alcool, faute de pouvoir satisfaire leurs pulsions alimentaires.
Mais ces réalités sont peu ou mal abordées dans les parcours pré-opératoires. Les patients sont encadrés par des professionnels qui, bien que souvent bienveillants, proposent toujours les mêmes solutions standards : suivi psychologique, diététique et activité physique. Ces approches sont importantes, bien sûr, mais elles restent largement insuffisantes pour traiter la cause profonde de la majorité des obésités : les pulsions alimentaires, l’addiction au mélange glucides/gras.
Par ailleurs, dans les hôpitaux spécialisés, les réunions avec des patients opérés — comme auxquelles j’ai assisté dans mon passé et celles auxquelles je devais assister en observateur pour le stage— mettent souvent en avant des « success stories ». Je soupçonne que ces patients sont soigneusement sélectionnés : ils ont perdu beaucoup de poids, sont portés par l’euphorie des premiers mois, et parfois occultent même les douleurs, carences et inconforts liés à la chirurgie. Par pure générosité, ils deviennent involontairement des « panneaux publicitaires » du service.
À côté de ces témoignages glorieux, ma présence — moi qui ai connu trois échecs chirurgicaux et qui ai finalement surmonté l’obésité grâce à un traitement médicamenteux ciblant les pulsions — représentait un contre-discours dérangeant. Je comprends pourquoi on m’a écarté.


Pourquoi les échecs sont la norme, pas l’exception


L’obésité est rarement une simple question de volume gastrique ou d’appétit hormonal (ghréline, leptine). Elle est très souvent comportementale et neurobiologique : les pulsions alimentaires, le grignotage compulsif sont des moteurs puissants de suralimentation.
Réduire la taille de l’estomac n’élimine pas ces pulsions. Pire : quand manger devient difficile, le cerveau peut chercher d’autres sources de dopamine — alcool, sucre liquide (aliments qui fondent , glace, chocolat, ou comportement addictif.
Aujourd’hui, des approches différentes existent : traitements pharmacologiques innovants (comme le baclofène pour certains cas de pulsions), et travail sur le microbiote intestinal qui influence la satiété et le comportement alimentaire.


Le droit de dire la vérité


Je comprends que ma simple présence lors des réunions post-opératoires aurait pu semer le doute chez des patients fraîchement opérés ou en attente de l’être. Pas parce que j’aurais cherché à « détourner » quiconque, mais parce que je suis la preuve vivante que ces chirurgies ne sont pas une solution universelle.
Il n’y a qu’une des chirurgies que je ne regrette pas tout à fait : la dernière, l’endosleeve (où l’estomac n’est pas coupé), réalisée après avoir soigné mes pulsions. Elle m’a permis d’avoir un estomac un peu moins volumineux après 50 ans d’hyperphagie. Mais je ne la conseille pas : la perte de poids fut trop rapide, créant une « famine » artificielle. Mon corps n’a pas toléré cette chute brutale : j’ai repris lentement du poids, simplement parce que mon organisme réclamait d’être nourri.
Aujourd’hui, je garde un léger bénéfice (un volume gastrique « normal » car les sutures ont un peu relâché), mais ce yoyo supplémentaire n’a pas été une bonne chose.


Ce stage annulé n’est qu’un symptôme d’un problème plus vaste : le refus d’entendre des voix critiques dans un système qui commercialise l’espoir et redoute la vérité. J’ai trouvé un autre stage, qui va avoir lieu dans un service Obésité, Maladies métaboliques et endocrino. Le mémoire qui va suivre, je pourrai l’envoyer à qui le souhaite.


Je continuerai à témoigner pour ceux qui n’ont pas eu la chance de trouver une oreille attentive avant de subir des mutilations irréversibles.

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